Serbian text in the end of this article.

Entretien accordé par Jean-Luc Schaffhauser, député français au Parlement Européen (groupr ENL), à la revue serbe Geopolitika.

 

Monsieur Schaffhauser, votre dernier discours au Parlement Européen lors duquel vous aviez évoqué des erreurs de l’Occident concernant la Serbie et le Kosovo que vous avez qualifié « d’Etat mafieux », avait provoqué énormément d’enthousiasme en Serbie. Qu’est-ce qui vous a motivé pour tenir un tel discours, qui a en fait été un acte courageux si on tient compte du climat général politique, le « politiquement correct » dans les pays de l’Union Européenne ?

Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire » disait Jean Jaurès. J’ai été meurtri par les événements du Kosovo et de Serbie. Au Kosovo, je me suis dit demain avec l’invasion musulmane ; c’est nous qui seront minoritaire. Et si nous voulons réagir pour défendre notre droit à l’identité, serons-nous aussi bombardés ? Le Kosovo c’est la haine de l’Occident pour les valeurs chrétiennes, c’est la capitulation.

 

Puisque vous êtes député, nous voudrions vous demander de faire un commentaire concernant le fait que certaines dispositions du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) entre l’UE et les Etats Unis, limitent des droits démocratiques dans certains domaines, y inclus la limitation et la diminution des compétences du Parlement Européen.

La souveraineté des peuples est remplacée par le droit contractuel des multinationales. Il y a une profonde logique entre le refus de l’identité et de la souveraineté. L’aboutissement de ce refus est que la société n’existe qu’à travers l’économie, c’est du pur matérialisme. Et l’économie est dirigée par les multinationales. Le Parlement européen est dans la trahison permanente des peuples et de leur souveraineté sur le TIPP comme sur d’autres sujets. Ils s’en accommoderont très bien. Les Parlements nationaux ne seront même pas consultés.

 

Que pensez-vous du fait que les hommes politiques dans le monde, ainsi que tous ceux qui essayent de nous imposer la mondialisation, de même que les grands médias, nous parlent constamment de démocratie, alors que dans la réalité, il y a de moins en moins de démocratie et les droits des citoyens diminuent ? Cela fait penser à Lénine et les bolchéviques, qui, tout en se référant à la doctrine marxiste, parlaient de la « disparition de l’Etat », alors que l’Etat devenait de plus en plus fort lors de la dictature bolchévique.

Le libéralisme est un individualisme et comme tel le creuset du collectivisme car il ignore la notion de Personne. Cette notion qui replace l’Homme dans ses liens naturels, son histoire, sa famille, sa langue, ses pères, sa famille, sa nature. Dès lors, l’Homme qui n’est pas dans les liens naturels n’existe plus ou n’existe que par les liens économiques. La démocratie en dehors de la réalité humaine est purement formelle. Ici dans ce parlement, on parle de démocratie mais en ignorant l’Homme dans sa réalité. La démocratie n’est que formelle.

 

Que pensez-vous des migrations invasives, et surtout islamiques vers les pays de l’Europe ? Des personnes innocentes sont mortes à Bruxelles, en Grèce, des migrants ont brûlé des icônes en criant que ce pays allait devenir musulman. Que faut-il de plus à l’Europe pour qu’elle prenne conscience et commence à défendre sa propre sécurité et son identité chrétienne ?

Pour que l’Europe vivante, incarnant des traditions, se réveille, nous devons nous libérer de cette Europe. Cela ne se fera pas sans douleur. Or, nous assistons à l’inverse. Nous assistons à une Europe qui impose à la fois un tournant autoritaire contre ceux qui osent la démasquer et qui communie dans le déni de la réalité. Les institutions européennes développent un projet idéologique antichrétien. L’humanisme européen actuel est un humanisme antichrétien au sens où l’homme sans histoire, sans culture, sans identité est un produit du marché mondial et est destiné à servir ce marché.

 

Pensez-vous que dans la résolution des problèmes des migrants, ou des problèmes généraux relatifs au futur commun européen, on devrait entendre un peu plus la voix des pays de l’Europe centrale, l’Europe de l’Est et l’Europe du Sud Est, comme par exemple la Hongrie, dont le premier ministre s’était opposé en premier aux migrations… ou la Russie, qui pourrait être un partenaire commercial important, ainsi qu’un garant de sécurité ?

L’Europe n’a de sens qu’avec la Russie. Sinon c’est l’Occident otannisé. Bien sur, Victor Orban est un homme courageux et devrait être un exemple pour bien des gouvernements. La manière dont les institutions européennes et l’Allemagne derrière elles entendent faire pression sur ces Etats est un scandale. L’Est nous rappelle notre héritage. L’Ouest est sous la domination mondialiste des Etats-Unis.

 

Que pensez-vous de la situation actuelle en France ? Pourquoi est-ce que toutes les puissances politiques et tous les médias du pays se sont associés contre le parti dont vous êtes membre, le Front National (c’est ce que l’on a vu lors des élections régionales) ?

En France, il y a une vieille expression qui dit : les copains et les coquins”. Nous sommes en effet face à une alliance inédite des gens qui sont à la fois les responsables, les témoins passifs et les bénéficiaires du déclin de la France. Ensuite j’ai confiance dans notre capacité à fédérer les patriotes à termes et à sauver notre pays. Je ne suis l’homme d’aucun parti, je suis un homme libre. Si le mur de Berlin est tombé celui de la lâcheté tombera aussi.

 

Enfin, Monsieur Schaffhauser, quelle est votre opinion sur les relations franco-serbes, qui jadis étaient accompagnées d’une grande alliance et une amitié, alors que les 25 dernières années, tout ça est tombé dans les oubliettes ? Même s’il est difficile de faire ressusciter la gloire d’avant, mais peut-on travailler ensemble dans l’amélioration des relations entre la France et la Serbie ?

Bien sur, c’est un de nos objectifs majeurs. Vous savez, beaucoup de français portent encore le souvenir de notre amitié et les blessures des humiliations que nous avons laissé s’abattre sur vous. Mais tant que la Serbie sera la Serbie et la France la France nous pourrons relever notre amitié. Rappelez vous Victor Hugo qui écrivait sur la Serbie asservie par le joug ottoman : « quand cessera le martyr de cette héroïque petite nation ». Déclenchons ensemble la résistance et le renouveau de l’Europe.

 

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